"Les Non-Lieux" avec Jérémie Lenoir, invité d'honneur, artiste permanent de la Galerie Capazza

 

Regroupant les projets Entre Loire et Océane, White Spaces, l'autre Paris et Zéropolis, l'exposition MARGES se focalise sur les territoires frontières entre villes et campagnes. Ces espaces de tensions, ces zones en "marge" révèlent l'évolution de nos paysages et questionnent, à travers eux, l'identité que nous construisons. Au sein de ces espaces vernaculaires, mes études photographiques tentent de renouveler les postulats émis par la DATAR et le géographe américain John B. Jackson dans les années 80. Les prises de vues qui les composent n'ont pas de sujet propre ou d'intention visant une représentation objective d'une "vérité" du paysage. Composant une mise à distance ontologique, le point de vue aérien est utilisé comme outil et non comme finalité, permettant ainsi, au travers d'un parti pris pictural très fort, de se dégager des codes de la discipline.

...Cette transfiguration du paysage enregistré en tableau abstrait conduit tout d'abord à remettre en question le médium photographique dans sa capacité à retranscrire le réel...La suppression d'éléments majeurs -le ciel, la ligne d'horizon ou les infrastructures identifiables - nous perd dans un univers irréel que nous ne parvenons plus à reconstituer mentalement de notre point de vue familier. Dès lors, il ne reste de la réalité que des géométries radicales ou des textures indécises, des lignes totalitaires ou des frontières confuses.

 

Dans un second temps, la conjugaison du point de vue aérien et de l'abstraction permet d'interroger la capacité de nos territoires contemporains à délivrer une quelconque forme d'intelligibilité. Que regardons-nous? Que faisons-nous? Que construisons-nous? Le choix des lieux et de leur représentation nous renvoie à la contemplation fascinée du chaos tout en proposant, dans leur rendu, une tentative de réconciliation avec une possibilité du paysage. Dénigrés comme "lieux" à part entière, les espaces ici capturés se transforment en objets portant dans leur forme un engagement social et révélant, comme dans les productions d'Holger Trülzsch, "une matrice" de notre société.

 

Entre la nécessité de capturer le réel et celle de sa transfiguration en tableaux, mes photographies tentent ainsi d'apporter à nos territoires contemporains un réalisme nouveau.

 

Plus qu'une sélection d'images, les projets de Jérémie Lenoir s'organisent autour d'une sélection précise de lieux et il l'effectue en se déplaçant en avion.

 

Touts les images des corpus ont été enregistrées à une altitude identique de 1500 pieds, c'est-à-dire à environ 450 mètres du sujet. La troisième donnée du protocole de la prise de vue est l'heure : elle participe, comme l'altitude, à la rigueur nécessaire pour obtenir une série d'images cohérentes. Ainsi, toutes les photographies ont été réalisées autour de midi, lorsque le soleil est au zénith et que la lumière ne peut-être utilisée de façon habituellement esthétisante.

 

contact : www.galerie-capazza.com